
Quand gérer l’argent de l’État en Haïti devient un privilège personnel.
En Haïti, une pratique choquante s’est banalisée au sommet de l’appareil public : l’appropriation de l’argent de l’État par ceux qui en assurent la gestion. Tout se passe comme si les responsables de la caisse publique considéraient les ressources nationales comme leur bien privé, à distribuer selon leurs affinités, leurs intérêts personnels ou leurs calculs politiques.
Pendant que des millions de gourdes sont utilisées pour satisfaire des « ti zanmi », financer des réseaux d’influence ou maintenir des loyautés artificielles, les véritables employés de l’État, eux, souffrent. Des fonctionnaires attendent des mois pour être payés, travaillent sans moyens, sans matériel, parfois même sans salaire. Cette injustice flagrante révèle l’ampleur d’une dérive morale et institutionnelle profonde.
L’argent de l’État haïtien n’est pourtant pas destiné à entretenir des amitiés politiques ni à enrichir des proches. Il doit servir à faire fonctionner l’administration, payer dignement les employés publics, améliorer les services essentiels et répondre aux besoins urgents de la population. Lorsqu’il est détourné de ces objectifs, c’est toute la nation qui en paie le prix.
Cette gestion prédatrice transforme la fonction publique en outil personnel. On recrute non pas selon les compétences, mais selon la proximité avec le pouvoir. On paie certains par favoritisme, tandis que d’autres, pourtant légalement en poste, sont abandonnés à leur sort. Ce système alimente la frustration, démotive les agents publics et paralyse davantage un État déjà à genoux.
Il faut le dire clairement : l’argent de la République n’est pas un héritage privé. Celui qui gère la caisse de l’État n’en est pas le propriétaire, mais le gardien provisoire, redevable devant le peuple haïtien. Toute utilisation des fonds publics à des fins personnelles ou amicales constitue une faute grave, politiquement et moralement condamnable.
Tant que cette pratique perdurera, aucun discours sur la bonne gouvernance, la réforme de l’État ou la relance nationale ne sera crédible. En Haïti, rompre avec la culture du « lajan leta se pa lajan pèsonn » est une urgence absolue. Sans cette rupture, l’État continuera de s’effondrer, pendant que quelques-uns se servent, et que les vrais serviteurs publics continuent de souffrir en silence.
La Rédaction
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