
L’ancien sénateur de l’Artibonite, Carl Murat Cantave, a rendu publique une lettre ouverte particulièrement virulente à l’endroit des membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), qu’il accuse d’inaction, d’indifférence et de grave défaillance face à la détérioration accélérée de la situation sécuritaire dans le Bas-Artibonite depuis leur arrivée au pouvoir.
Dans ce courrier long et accusateur, l’ex-parlementaire revient sur les 20 mois de gestion du CPT, période qu’il décrit comme marquée par une aggravation « spectaculaire » de la violence armée dans le département. Selon lui, les attentes suscitées après la débâcle du gouvernement Ariel Henry se sont transformées en « profondes désillusions ».
« Un empire soumis à la volonté des gangs »
Cantave dresse un tableau sombre du Bas-Artibonite, devenu selon ses mots une « colonie » contrôlée par les gangs, où assassinats, viols, pillages et incendies sont commis « sans la moindre inquiétude ».
Il cite plusieurs zones naguère stables — La Chapelle, Liancourt, Montrouis, Desarmes, Petite-Rivière, L’Estère, Marchand-Dessalines et Pont Sondé — qu’il décrit aujourd’hui comme des territoires disputés, ravagés ou abandonnés à la loi des armes tandis que la ville de Saint-Marc la fière cité de Nissage Saget, rongée par le stress et l’angoisse est aux abois avec une population prise en sandwich entre ses rentrées nord et sud, cernées par des gangs.
Malgré les drames successifs, l’ancien sénateur reproche au CPT de n’avoir jamais exprimé la moindre sympathie, ni pris de mesures tangibles pour stopper l’hémorragie sécuritaire :
« Vous avez choisi le mutisme, la surdité et la cécité comme alliés naturels », écrit-il.
Un appel à assumer les responsabilités présidentielles
Dans sa lettre, Cantave questionne frontalement les membres du CPT sur leurs fonctions régaliennes :
« Quelles sont les règles d’engagement d’un Président de la République ? Quelle est la mission d’un chef d’État ? »
Il les accuse de s’accrocher davantage à leurs privilèges qu’à leurs responsabilités et leur demande de faire preuve de leadership stratégique pour stopper ce qu’il qualifie de « volcan incandescent » que représentent les groupes armés dans la région.
Une économie agricole paralysée
Le médecin et ancien élu rappelle qu’une grande partie de la population du Bas-Artibonite ne peut plus cultiver ni récolter, mettant en péril la vocation agricole d’une zone historiquement considérée comme le grenier du pays.
Il affirme que les habitants vivent désormais dans un cycle de sang, d’exodes forcés, de maisons incendiées et de champs détruits.
« Le Bas-Artibonite n’en peut plus »
Cantave estime que le CPT est aujourd’hui face à un compte à rebours :
« Même les poubelles de l’histoire se refuseront à vous », prévient-il, s’il ne rétablit pas rapidement la sécurité dans la région.
Selon lui, le Bas-Artibonite n’exige ni faveur ni privilège, mais simplement le droit fondamental à la sécurité, en retour de sa contribution historique au développement national.
Un avertissement final
En conclusion, l’ancien sénateur lance une ultime mise en garde : les tensions actuelles pourraient déboucher sur des conséquences plus graves si le CPT ne réagit pas immédiatement.
Il affirme entendre déjà « les mugissements » des vagues de colère bas-artibonitiennes s’abattre sur Saint-Marc, appelant les dirigeants à intervenir « avant qu’il ne soit trop tard ».
La Rédaction
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