
Depuis plusieurs années, le discours public en Haïti s’est souvent concentré sur l’influence des « oligarques traditionnels », généralement associés aux grandes familles économiques de peau claire, accusées par certaines voix d’exercer un contrôle disproportionné sur l’État et les secteurs stratégiques du pays. Mais un autre phénomène, plus récent et moins documenté, attire désormais l’attention d’observateurs politiques et d’acteurs de la société civile : l’ascension d’une nouvelle génération d’« oligarques noirs », tout aussi influents, dont le pouvoir économique et politique ne cesse de croître.
Une montée en puissance discrète mais rapide
Selon plusieurs analystes, ces nouveaux acteurs émergent principalement de réseaux politiques solidement implantés dans l’administration publique. Ils occupent – ou influencent – des postes clés au sein du gouvernement, où ils participent à l’attribution de contrats publics, à la gestion de projets stratégiques et au contrôle de ressources financières importantes.
Si certains d’entre eux se présentent comme des entrepreneurs dynamiques, d’autres sont pointés du doigt pour leurs liens présumés avec des circuits opaques de marchés publics ou des alliances politiques visant à renforcer leur position dans l’appareil d’État.
Un pouvoir économique en expansion
La montée en puissance de ces nouveaux groupes économiques se manifeste notamment à travers :
- la création de firmes et bureaux de consultants qui bénéficieraient de contrats publics réguliers ;
- des liens étroits avec certains décideurs ministériels, facilitant l’accès à ces marchés ;
- une présence remarquée dans les hôtels et espaces privés de la capitale, lieux privilégiés de négociation, de réseautage et de rencontres politiques.
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Pour plusieurs observateurs, cette tendance montre qu’un nouveau modèle d’accumulation du pouvoir est en train de se constituer, loin des structures historiques connues.
Un système qui se reproduit ?
Certains experts estiment que plutôt que de remettre en question la logique oligarchique souvent dénoncée, cette nouvelle génération la reproduit, parfois avec une agressivité et une efficacité accrues.
Pour un politologue interrogé, qui a requis l’anonymat :
« Le problème n’est pas la couleur de peau des oligarchies, mais le modèle lui-même. Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une continuité : des acteurs qui utilisent la faiblesse institutionnelle pour construire des empires privés sous couverture de l’État. »
Vers une future mise en lumière ?*
Plusieurs organisations citoyennes annoncent déjà leur intention de collecter des informations et de publier des rapports sur ce phénomène. Elles affirment vouloir dresser une cartographie précise des réseaux d’influence qui gravitent autour de l’appareil étatique, afin d’identifier les nouveaux pôles de pouvoir qui émergent dans l’ombre.
Si ces travaux aboutissent, Haïti pourrait assister dans les prochains mois à une démystification progressive de cette nouvelle élite économique, parfois décrite comme plus redoutable que les groupes traditionnels, car mieux insérée dans les mécanismes contemporains de gouvernance publique.
La Rédaction
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