L’ex-sénateur Carl Murat Cantave interpelle sévèrement le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé

Dans une lettre ouverte au ton grave et accusateur, l’ex-sénateur de la République, Carl Murat Cantave, tire la sonnette d’alarme sur la situation jugée « inhumaine » que subit depuis plus de trois ans la population du Bas-Artibonite. L’ancien parlementaire s’adresse directement au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qu’il considère comme le principal responsable de l’orientation stratégique de la Police nationale d’Haïti (PNH), pour exiger une réaction immédiate face à la dégradation sécuritaire de la région.

Un cri de détresse d’une population “traquée, humiliée, abandonnée”

Dès les premières lignes, Cantave précise que son message n’est pas une démarche individuelle ni une revendication politique personnelle, mais l’expression de la souffrance collective d’un département plongé dans la terreur.
Il rappelle que des localités telles que Pont-Sondé, Liancourt, Petite Rivière, La Chapelle, L’Estère, Montrouis et même des zones de Marchand Dessalines sont régulièrement frappées par des vagues de violences attribuées à des groupes criminels « identifiés et connus de tous ».

Selon l’ex-sénateur, les interventions policières jusque-là menées n’ont été que des actions « maquillées », sans effet durable, laissant une population « aux abois », contrainte de dormir sur les places publiques, dans des marchés ou des abris improvisés.

Un département stratégique au bord de l’effondrement

Cantave insiste sur l’importance nationale de la région, particulièrement la vallée de l’Artibonite, poumon agricole du pays. Il déplore l’effondrement de la production, frappée par l’insécurité, la paralysie de la circulation et la fuite massive des habitants.

Le Bas-Artibonite est décrit comme « une grande prison à ciel ouvert », où seule la ville de Saint-Marc (Cité de Nissage Saget) demeure un fragile ilot de stabilité menacé chaque jour par la recrudescence des attaques.

Des brigades d’autodéfense faute d’État

L’ex-sénateur déplore que, livrés à eux-mêmes, les citoyens de plusieurs communes — Chandelle, Désarmes, Petite Rivière, Liancourt, Montrouis, L’Estère — aient dû créer des brigades de défense pour protéger leurs familles.
Il qualifie cette mobilisation de « résilience voisine de l’héroïsme », tout en soulignant l’irresponsabilité étatique qui a conduit des civils à assumer des missions relevant normalement de l’État.

Ces groupes, explique-t-il, survivent entre faim, misère et peur, en risquant quotidiennement leurs vies dans un contexte où les forces de l’ordre sont jugées absentes ou insuffisantes.

Une interpellation directe au Premier ministre

Cantave questionne frontalement le chef du gouvernement :
s’agit-il d’incompétence, de manque de moyens, d’absence de volonté politique ou d’une obligation imposée ?
Il accuse l’État d’avoir inexplicablement abandonné le Bas-Artibonite et exige un changement immédiat de posture.

Selon l’ex-sénateur, il est urgent que le Premier ministre « retire sa sourdine » et déploie l’artillerie lourde, les moyens humains et opérationnels nécessaires pour restaurer la sécurité et la dignité du département.

”L’histoire retiendra”

La lettre s’achève sur un avertissement sévère : si rien n’est fait, le Bas-Artibonite, déjà « fatigué, moribond et mourant », risque de s’effondrer totalement.
Cantave prévient que l’histoire pourrait retenir que, sous le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, « un illustre département, celui de l’Artibonite, avait honteusement disparu ».

Une conclusion lourde de sens, qui place la responsabilité politique et morale directement sur les épaules du chef du gouvernement.

La Rédaction

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