
Depuis quelque temps, les réseaux sociaux haïtiens se transforment en un véritable tribunal populaire où l’artiste Izolan, figure emblématique du rap créole, est accusé, critiqué, parfois même ridiculisé. Une vague d’animosité, souvent injustifiée, s’abat sur lui. Mais derrière cette avalanche de reproches, une question demeure : pourquoi tant de haine envers Izolan ?
Pour comprendre, il faut replacer les choses dans leur contexte. Entre 2009 et 2011, beaucoup de jeunes mélomanes ne se reconnaissaient pas dans le style musical d’Izolan. Ses morceaux, souvent centrés sur la rivalité et le “bif”, donnaient l’image d’un artiste agressif, enfermé dans la compétition du rap game. Mais le temps a passé, et l’homme a évolué. Izolan n’est plus seulement un rappeur, il est devenu un modèle de résilience et d’engagement social. À travers ses initiatives en faveur de la jeunesse, son implication dans les communautés défavorisées et son sens des affaires, il a prouvé que le contenu de ses chansons d’hier ne reflétait pas la profondeur de sa personnalité d’aujourd’hui.
Alors, pourquoi continue-t-on de le juger ?
Certains diront que le succès dérange, surtout dans une société où la réussite individuelle est souvent perçue comme une menace. Izolan, parti du bas, a su bâtir un empire musical et entrepreneurial. Il dérange parce qu’il a réussi là où beaucoup ont échoué. Il dérange parce qu’il incarne l’idée que la discipline et la persévérance peuvent vaincre les barrières sociales.
D’autres s’accrochent à son passé politique supposé. On lui reproche d’avoir participé à des manifestations contre l’ancien président Jovenel Moïse. Mais soyons honnêtes : qui, en Haïti, n’a pas contesté le pouvoir de Jovenel Moïse à un moment donné ? La grogne populaire était nationale, transversale, au-delà des clans politiques. Si Jovenel Moïse avait réellement été le président unanimement aimé que certains décrivent aujourd’hui, pourquoi, après son assassinat tragique, n’a-t-on pas vu des foules descendre dans les rues pour réclamer justice ? L’histoire récente parle d’elle-même.
Ce qu’on reproche à Izolan n’est donc pas tant une position politique qu’une indépendance de pensée. Il ne se range pas aveuglément dans un camp, il agit selon ses convictions. Et dans un pays où le conformisme est souvent valorisé, cette liberté dérange.
Izolan trace sa route. Il croit au travail, à l’entrepreneuriat, à la création d’opportunités pour les jeunes. Il a compris que l’art n’est pas qu’un moyen d’expression, mais aussi un instrument de transformation sociale. Il mérite donc qu’on le juge sur ses actions, non sur les rumeurs ou les souvenirs d’une époque révolue.
Le public haïtien gagnerait à faire la paix avec ses contradictions. Au lieu de détruire ceux qui réussissent, apprenons à reconnaître la valeur de leur parcours. Parce qu’en fin de compte, Izolan n’est pas seulement un artiste, il est le reflet d’une génération qui a refusé de se résigner.
Par Ilvens Bourdeau
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